L’analyse filmique : schéma de Saussure, sémiologie et sémio-pragmatique.

Pellicule de film

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Que vous soyez cinéphile ou cinéaste (ou les deux), vous avez peut-être l’envie de vous lancez dans l’exercice assez délicat de l’analyse de film ou de séries.

Et je vous assure que c’est une excellente chose 🙂

J’en ai déjà parlé sur ce blog, une démarche analytique active peut déjà vous permettre de mieux comprendre l’essence des œuvres cinématographiques que vous analysez. Si vous êtes cinéphile vous deviendrez un spectateur plus averti. Si vous êtes cinéaste, vous pourrez nourrir votre créativité et mieux comprendre le cinéma que vous serez amené à faire.

Dans cet article que je voudrais vous présenter un outil théorique qui m’aide énormément dans mes analyses. C’est en quelque sorte un fil d’Arianne que je garde toujours dans un coin de ma tête pour éviter de me perdre dans ma réflexion et mon interprétation de l’oeuvre.

Je vous propose donc de nous pencher sur cet outil que vous avez certainement déjà étudié en cours de français : le schéma de Saussure.

Il était une fois, un mec qui s’appelait Ferdinand de Saussure et qui mettait des saussettes pour aller sasser l’arssi dussêsse…

Ok, je sors 😀

Sinon, plus sérieusement…

À quel niveau le schéma de Saussure peut-il vous aider dans votre démarche analytique ?

Le cinéma possède son propre langage et il se trouve que ce schéma présente justement les deux aspects complémentaires du concept de signe linguistique : le signifiant et le signifié.

Schéma de Ferdinand de Saussure

Toute forme de communication repose sur un ensemble de signes qui ont chacun une valeur propre. Selon Ferdinand de Saussure, le signe se construit par la complémentarité du signifiant et du signifié.

Par exemple, si vous écrivez ou prononcez le mot “arbre”, ce mot ne peut véritablement être considéré comme un signe qu’à partir du moment où il véhicule un sens pour la personne qui le lit ou l’entend. Ce qui suppose donc que pour que le mot “arbre” puisse être considéré comme le signe d’un langage, il faut que celui-ci puisse amener à la représentation mentale d’une idée (en l’occurrence, celle d’un arbre).

Si je vous dis oralement le mot “arbre”, vous devez en théorie vous faire la représentation mentale de l’objet arbre. Pour cet exemple on peut donc considérer que :

  • Signifiant = Le son qui sort de ma bouche lorsque je dis “arbre”.
  • Signifié = La représentation mentale d’un arbre qui naît dans votre esprit.

La complémentarité du signifiant et du signifié, fait du mot “arbre” un signe linguistique.

Un arbre sur une plaine

En clair, le signifiant correspond à l’existence physique, tandis que le signifié correspond à l’existence mentale. Si l’un ou l’autre n’existe pas, alors le concept de signe est incomplet. Si par exemple je vous dis oralement le mot “sjgmds” ( très facile à dire d’ailleurs ! 😀 ), le son qui sort de ma bouche ne vous amène vers aucune représentation mentale spécifique. Ce qui implique que le mot “sjgmds” ne peut pas être considéré comme un signe ( en tout cas, pas dans le cadre de la langue française de la planète Terre du système solaire de la voie lactée 🙂 ).

Attention tout de même à ne pas faire d’amalgame entre la valeur et la représentation mentale. Selon Ferdinand de Saussure, l’idée selon laquelle chaque signe d’un langage est strictement associé à un sens précis, est une idée erronée.

L’exemple du mot “arbre” est assez facile car il ne porte en lui aucune confusion possible sur le sens qu’il peut évoquer dans le cadre de la langue française. Mais le cas du mot “vers” par exemple, est déjà nettement plus complexe. La représentation mentale (signifié) induite par l’utilisation orale du mot (signifiant) dépend avant tout du contexte de cette utilisation. Si je vous dis la phrase “Il y a un vers dans cette pomme”, vous allez vous faire la représentation mentale d’un carpocapse dans une pomme. Si je vous dis la phrase “Elle marche vers le fleuriste”, le signifié n’a plus rien en commun avec celui induit par la phrase précédente.

Le schéma de Saussure est évidemment applicable aux images et aux représentations mentales qu’elles peuvent induire. On appelle sémiologie l’étude de ces représentations dans les images.

Certains artistes (principalement du mouvement surréaliste) n’ont d’ailleurs pas hésité à pousser la notion de représentation dans ses retranchements. Parmi eux, on retient notamment René Magritte avec son tableau La trahison des images qui représente une pipe réaliste accompagnée du texte “Ceci n’est pas une pipe”.

En effet, ceci n’est pas une pipe, mais bien la représentation visuelle d’une pipe 🙂

Une fille prend en photo le tableau La trahison des images de René Magritte

Ceci n’est pas une femme qui prend en photo le tableau de René Magritte 😀

Rassurez-vous, je vous ai cassé la tête avec le schéma de Saussure et le concept de signe linguistique pour une bonne raison. Comme je vous l’ai mentionné au début de cet article, maîtriser ce schéma peut en réalité vous aider à ne pas vous perdre dans votre démarche analytique.

Précédemment sur ce blog, je vous ai également mentionné qu’une analyse filmique était avant tout une question de relations. On a pu voir ensemble deux grands types de relations. La première relation est celle qui existe entre les auteurs d’une oeuvre et le résultat finalement obtenu. Cette relation est largement influencée par le processus d’exécution de l’oeuvre et les réécritures que celui-ci implique. La seconde relation est celle qui existe entre l’oeuvre en elle-même et l’audience qui la reçoit. Cette relation est quant à elle dépendante de la sensibilité et du mode d’interprétation de chaque spectateur. L’idée principale était de vous montrer que vous ne pouvez pas fonder un argumentaire d’analyse filmique sur votre seule perception personnelle d’une oeuvre. Il est nécessaire d’aller au-delà et de prendre en considération les critères de l’intention des auteurs et de l’exécution de l’oeuvre. Eh bien c’est justement à ce niveau-là que le schéma de Saussure peut potentiellement vous aider à structurer votre réflexion…

Roger Odin, professeur à l’université de la Sorbonne (Paris 3), a proposé une théorie qui vient en complément de la sémiologie : la sémio-pragmatique. Cette théorie se penche sur la relation qui se met en place entre un spectateur et une oeuvre. Elle soutient justement l’idée selon laquelle l’objet cinématographique et le sens qu’il est amené à produire, reposent avant tout sur les connaissances (au sens large) de chaque spectateur. Selon lui, la sémiologie a donc besoin de la sémio-pragmatique dans le cadre de la compréhension d’une oeuvre filmique. Je n’ai pas envie de compliquer les choses, alors je propose de nous pencher tout simplement sur une déclaration de Roger Odin que je trouve vraiment intéressante :

Roger Odin

“Le film ne véhicule pas de sens en soi.
Tout ce qu’il peut faire c’est bloquer un certain nombre d’investissements signifiants.”
– Roger Odin –

Désormais vous n’avez plus d’excuse pour ne pas savoir ce qu’est un signifiant 🙂

Ça valait donc la peine de se casser la tête pour comprendre ce p***** de schéma de Saussure 😀

Selon la théorie de Roger Odin, le spectateur d’une oeuvre cinématographique fait lui-même continuellement une proposition de sens qu’il soumet à ce qu’il voit et à ce qu’il entend. Si cette proposition est compatible avec les données perçues, alors du sens est créé. En d’autres termes, on peut dire que le signifié propre aux signes du langage cinématographique, est créé par le spectateur lui-même.

L’idée fondamentale que j’essaie de vous faire passer ici est très simple :

Le langage cinématographique n’est pas solide et absolu mais organique et relatif.

Bien entendu, il existe des conventions et codes qui ont acquis une signification quasi universelle. Si par exemple vous faites un travelling avant sur un personnage qui s’étonne progressivement de ce qu’il est en train de regarder… le message est clair.

Agent Kujan dans Usual Suspects

Et pourtant… vous venez de créer malgré vous un signifié qui dépend de votre interprétation. Imaginez juste qu’à la fin de ce même plan, le personnage éternue ! Le signifié change complètement ! Vous n’interprétez plus du tout de la même manière tout ce que vous avez vu et entendu.

Cette relativité du langage cinématographique peut même aller encore plus loin !

Lorsque j’ai commencé à me documenter sur les techniques de mise en scène, je suis souvent tombé sur des livres qui tentaient de me convaincre que tel mouvement de caméra ou tel type de cadrage signifie telle ou telle chose. Ou même que le fait de placer un personnage dans un certain endroit du champ de la caméra, a forcément une signification bien précise. En réalité, même s’il existe des conventions et des codes pouvant toucher notre inconscient collectif, la signification du langage cinématographique dépend avant tout de ce que chaque cinéaste décide d’en faire !

Revenons par exemple sur le cas du travelling avant d’un personnage étonné…

Admettons que le personnage n’éternue pas et qu’il est réellement étonné de ce qu’il voit. À priori, ce plan a toutes les caractéristiques d’un moment d’épiphanie. Le réalisateur nous invite à focaliser notre attention sur l’émotion ressentie par le personnage à ce moment-là, en soulignant que celle-ci est très importante. Mais même si on nous pousse à interpréter les choses de cette manière, rien ne nous garanti que l’intention de l’auteur n’était pas justement de détourner notre attention… Si c’est effectivement le cas, cela implique potentiellement un discours très différent de celui que l’on peut percevoir au premier regard.

Il y a un autre exemple que j’aime assez, c’est celui de l’interprétation des couleurs.

Je ne compte plus le nombre de fois où on m’a demandé “Selon toi, le rouge ça veut dire quoi dans les films ?”. Et je comprends le besoin de poser cette question car j’ai été moi-même pendant longtemps à la recherche d’une signification solide et absolue des couleurs. Mais la vérité c’est que le sens dépend encore une fois du contexte d’utilisation et de l’interprétation de chaque spectateur. Exactement comme pour le cas du mot “vers” dans la langue française ! Pour ce qui est de la couleur rouge, elle véhicule bien entendu naturellement un sens commun. Le rouge est la couleur du sang oxygéné et de ce fait, on l’associe facilement au désir charnel, à la sensualité ou même encore au meurtre. Mais rien n’empêche un cinéaste de détourner cette utilisation. Je vous renvoie d’ailleurs àau film Take Shelter, écrit et réalisé par Jeff Nichols…

Michael Shannon dans la séquence de la cantine dans Take Shelter

Attention spoiler :

Le cinéaste semble utiliser la couleur rouge comme catalyseur d’un conflit ou d’un danger à venir. Les gobelets de la cantine sont rouges et il s’y déroule justement une confrontation. Lors de leur repas à la maison, le saladier posé sur la table est rouge et ils en viennent à se disputer. Dans la scène finale, le seau de plage de l’enfant est rouge et la tempête arrive au bout de trente secondes.

C’est là une interprétation tout-à-fait personnelle et non vérifiée, mais elle amène pourtant une utilisation de la couleur rouge bien spécifique et différente de celles admises communément.

Quoiqu’il en soit, faire une analyse filmique implique d’effectuer des allers et retours entre son ressenti personnel et l’investigation sur les intentions créatives des auteurs de l’oeuvre. Ce n’est pas parce qu’un ensemble de signifiants vous amènent à vous représenter un ensemble de signifiés, que cet ensemble est forcément celui voulu par les auteurs de l’oeuvre. C’est selon moi pour cette raison qu’il est impératif de conserver le concept présenté par Saussure dans un coin de votre tête, tout au long de votre démarche analytique.

Pour aller plus loin...

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