[Making of] 10 choses essentielles à retenir du projet « Imaginez Si »

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VOTRE PREMIER COURT-METRAGE EN 5 SEMAINES

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Aujourd’hui je vous ai préparé un article un peu spécial et beaucoup plus dense que d’habitude. Mon objectif n’est pas de vous partager uniquement des techniques ou des conseils que je trouve à droite à gauche, dans des documents divers. Cette fois-ci, je souhaiterais vous proposer une rétrospective complète sur une de mes propres expériences sur le terrain !

Sur les tournages participatifs ou dans les entreprises, on apprend généralement des choses assez différentes, qui nourrissent souvent notre expérience professionnelle de manière complémentaire.

C’est la raison pour laquelle je vous encourage à faire feu de tout bois et à prendre part à tous les types de projets au moins une fois dans votre parcours. Surtout si vous souhaitez vous positionner en tant que cinéaste ou réalisateur, et que vous avez donc besoin de connaitre l’ensemble des corps de métier dans n’importe quel contexte financier et structurel.

Avant d’entrer dans le vif du sujet, je dois avant tout vous présenter un collectif avec lequel j’ai eu la chance de collaborer courant de l’année 2014. Il s’agit de la Compagnie d’Improvisation Amandinoise. Autrement connue sous l’acronyme de CIA et basée à proximité de la métropole lilloise, et en même temps pas trop loin de la frontière belge… dans le petit patelin de Saint-Amand-Les-Eaux. Un patelin assez paumé, il faut tout de même l’avouer ! 😀

Bref ! Début 2014, au moment même ou ça commence à craindre un peu du boudin pour moi au niveau professionnel, je tombe sur le collectif de la CIA. Ils sont en pleine période de rush et m’annoncent dors et déjà qu’ils recherchent en urgence des gens passionnés et motivés pour réaliser un clip musical, et les accompagner dans la production d’une websérie humoristique en devenir. Je suis donc parachuté au milieu d’un projet qui trace sa route à vive allure. Moins d’un mois plus tard, me voilà cameraman/monteur vidéo sur le projet. C’est donc une chance pour moi de pouvoir participer à cette aventure, au moment même où celle-ci commence à prendre forme. Autant dire qu’il s’agit là d’un bel exemple de ce que peut vous apporter le développement d’un réseau de gens passionnés comme vous ! 🙂

Raphaël Katz, Simon Busière et Vincent Raimondi (les porteurs du projet) font écouter à toute l’équipe leur chanson « Le rap des geeks »… L’objectif ? Réaliser un clip de 4 minutes avec l’ambition de mettre le paquet sur tous les aspects techniques, esthétiques, humoristiques, musicaux, etc.
En bref, le clip doit être le « produit phare » de la future websérie « Imaginez si… »
Le ton est donné dès le départ, nous commençons par le plus lourd….

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De gauche à droite : Simon Busière, Vincent Raimondi et Raphaël Katz. Les porteurs du projets « Imaginez Si… »

La réalisation est prise en charge par Pamela Iglesias, qui doit composer avec une petite équipe lumière et 7 cameras : 2 caméras portées pour les plans d’illustration, 1 caméra sur drone pour les plans aériens, 2 caméras GoPro fixes, et 2 steadicamers pour les travellings ( dont bibi et son flycam ! 🙂 ). Le tournage du clip s’effectue en quelques jours à peine.

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La réalisatrice Paméla Iglesias sur le plateau du clip « Le rap des geeks »

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Avant le tournage du clip, on m’a demandé si je voulais faire le montage vidéo…

J’ai répondu : « Challenge accepted ! »

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Et là une petite voix m’a dit :

« Imaginez Si… il y avait plus de 200 Go de fichiers vidéo !« 

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Bref, c’était la fête du slip…

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Photo prise le soir du dernier jour de tournage du clip « Rap des geeks ». Les cartes ne sont pas toutes remplies à bloc… ouf ! :)

Heureusement, Diane Garsmeur, la scripte du projet, m’a fournit une vingtaine de rapports détaillés sur les différentes séquences tournées.
Thanks Diane, you’ve just saved my life !

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Diane Garsmeur, scripte sur le projet « Imaginez Si… »

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Nous faisons une séance collective de pré-montage, afin d’effectuer un premier tri et d’éliminer déjà une bonne partie des prises inutiles. À ce propos, si pour vos projets vous envisagez ce type de phase intermédiaire, je vous conseille vivement le logiciel Adobe Prelude. Il est très simple à apprendre et vous fera gagner énormément de temps sur votre montage vidéo. Si vous travaillez habituellement sur Adobe Premiere Pro, il est bien entendu admis que les deux logiciels communiquent très bien entre eux. Vous pouvez notamment retrouver toutes vos annotations Prelude directement sur votre banc de montage Premiere Pro 😉

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Le montage est donc fait dans la foulée et nous arrivons très vite à la fin du mois de mars 2014…

11 avril 2014… Nous publions enfin le clip du « Rap des geeks » sur Youtube… et nous voilà bien partis pour taper dans les 5000 vues en quelques semaines. Trois fois rien à l’échelle du web, certes, mais c’est tout de même une première réussite pour toute l’équipe !
Le clip continue d’ailleurs son chemin sur la toile et compte aujourd’hui plus de 13000 vues.

Nous finalisons donc le clip et le projet s’oriente ainsi vers de belles perspectives. La production de la websérie est rapidement mise en place. Le tournage s’effectuera dans un studio aménagé par les membres du collectif eux-mêmes, en plein centre de Lille.

Note : Le clip « Rap des geeks » a été proposé aux internautes en tant que cinquième épisode de la websérie « Imaginez Si… ». Mais celui-ci a en fait été réalisé bien avant la diffusion du premier épisode. Il était effectivement nécessaire de nous imposer un certain sens des priorités.

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Jusqu’en juin 2014, nous produisons plus d’une trentaine d’épisodes.

Les premières retombées positives se font rapidement ressentir. Des radios et presses locales commencent à parler du projet, et chaque semaine, les vues et les abonnés affichent une croissance notable. Bien entendu, tout cela nous encourage à persévérer et maintien à flot l’énergie qui plane autour du projet.

Nous décidons finalement de faire le point sur cette « première saison » et d’orienter le débat sur une réflexion de plus long terme.

Le Studio Trilogique est né !

À l’heure où je vous écris ces lignes (juillet 2015), le projet « Imaginez si… » est resté en stand by depuis déjà un an. Mais peu importe, personnellement je sais que les membres du collectif gardent toujours en tête l’idée de remettre le projet sur les rails. Et un jour où l’autre, ils le feront !

De toute façon je n’écris pas cet article pour vous parler du devenir du projet, mais plutôt pour vous partager mon expérience sur celui-ci. Je souhaiterais en effet aborder avec vous 10 choses que j’ai apprises en participant à cette petite aventure indépendante. Avec le recul que je peux prendre aujourd’hui, je me rends compte qu’il s’agit de 10 points réellement essentiels à prendre en considération lorsqu’on souhaite devenir cinéaste.

Here we go !!…

1. Deux règles d’or : l’ambition et la dynamique.

S’il y a bien une chose que les gars de ce collectif ont parfaitement comprise et assimilée, c’est que la dynamique et l’ambition sont des facteurs fondamentaux !

En effet, la dynamique de votre projet doit toujours être proportionnelle à vos ambitions !

Lorsqu’on se place en spectateur d’un projet comme celui-ci, il est souvent très difficile, voir même impossible, de définir quelle quantité d’énergie et de détermination il a fallu pour le concrétiser.

C’est un peu comme lorsqu’on regarde quelqu’un marcher sur les mains et qu’on se dit : « Hmm ! Ça n’a pas l’air si difficile que ça ! »

Quand on passe à l’action… c’est une autre histoire 🙂

Une fois que vous vous êtes fixé des ambitions précises, vous devez accepter très rapidement l’idée qu’il va falloir donner de l’élan à votre équipe pour qu’elle vous suive jusqu’au bout.

Pour en revenir au collectif, ces gars-là n’ont pas attendu gentiment que ça se passe. Dès le premier jour de la production et jusqu’au dernier, ils ont mis la main à la patte et se sont débrouiller avec leurs moyens, pour faire ce qu’ils avaient envie de faire. En tant que porteur d’un projet, votre participation à 200% dans chaque partie de celui-ci, ne doit jamais faire débat !

Vincent Raimondi, qui a construit lui-même les éléments du décor du clip.

Vincent Raimondi a construit lui-même certains éléments du décor du clip « Rap des geeks ».

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Vous êtes au cœur de ce que vous avez envie de concrétiser. Si vous ne faites pas vous-même preuve d’un dévouement sans faille, votre équipe ne le fera pas à votre place !

Mais au-delà du simple dévouement, il y a une véritable notion de « mouvement ». Vous devez avancer, aller de l’avant, quoiqu’il arrive. Même si vous rencontrez des aléas en chemin, plus vite vous réglerez chaque problème, plus vite vous serez libres de passer à l’étape suivante.

En d’autres termes : l’inertie, c’est la mort !

Je vous donne un exemple simple…

Pour le tournage du clip « Rap de geeks », il était prévu qu’une séquence soit tournée dans un magasin de jeux vidéos. Le gérant du magasin leur avait donné son accord et tout semblait en règle… Sauf que le jour même du tournage de cette séquence, le gérant décide de ne plus donner aucun signe de vie. Nous sommes un dimanche, et bien entendu, tous les autres magasins de jeux vidéo sont fermés…

Dans l’équipe on commence à stresser et à envisager des solutions alternatives. La majorité (dont moi), fait l’erreur de suggérer un report du tournage. L’idée serait donc de fixer une autre date et de prévoir ainsi une marge de manœuvre « raisonnable » pour pouvoir tourner cette séquence.

Mais les membres du collectif savent très bien qu’un tournage comme celui-ci, tient avant tout grâce à la dynamique qui a été instaurée dès le départ. Si le tournage est arrêté, c’est toute l’énergie qui est mise à plat. L’hypothèse d’un report de tournage implique donc de rassembler une nouvelle fois toute l’équipe et de retrouver la même énergie à posteriori. Autrement dit, c’est une solution à envisager en dernier recours ! Il vaut mieux tenter de trouver une solution immédiate et régler ce problème maintenant pour pouvoir passer à la suite.

Quelques échanges et deux ou trois coups de téléphones plus tard, le gérant d’un autre magasin de jeux vidéo accepte de nous accueillir ! Le tournage s’effectuera donc comme prévu, laissant à toute l’équipe l’occasion d’aller de l’avant.

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Et ce n’est d’ailleurs pas le seul exemple…

Nous sommes arrivés dans un immense hangar avec une équipe technique complète et une trentaine de figurants… pour réaliser qu’il n’y avait pas d’électricité sur place !

Le soleil commence à se coucher, la luminosité de la pièce décroit et les gens commencent à se les cailler !

Alors… on reporte ?

Non !

Les trois compères se débrouillent pour dégoter un groupe électrogène.
Ils le réparent sur place dans la foulée.
La réalisatrice brief l’équipe et les figurants.
L’équipe lumière installe son matériel…

Bref ! On va de l’avant ! 😉

2. Le conflit : votre joker !

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Je pourrais vous vendre un projet idéalisé sous toutes les coutures, avec un discours marketing à l’appui comme les majors d’Hollywood savent très bien le faire avec leurs « Never seen before » et leurs faux making-of publicitaires (à ce propos, si vous souhaitez regarder de véritables making-of, regardez ceux des blurays et non pas ceux publiés sur le web 3 semaines avant la sortie du film 😉 ).

Je pourrais vous dire que tout s’est super bien passé et que tout le monde il est beau et plein de bons sentiments.

Je pourrais… mais ça serait de l’hypocrisie pure et simple !

Chaque projet, qu’il soit participatif ou professionnel, comporte sa dose de tensions. N’oubliez pas que le cœur de la concrétisation d’un projet audiovisuel, ne réside jamais dans une seule problématique technique ou logistique. Tout repose avant tout sur de l’humain et du relationnel. Dites-vous simplement que si vous ne vous entendez pas un minimum avec les personnes avec qui vous décidez de vous engager, c’est que vous n’avez absolument aucune raison valable de faire un projet ensemble.

Donc oui !…

Il y a eu des accrocs pendant la production de « Imaginez si… » !

Mais aujourd’hui je pense sincèrement que la pire façon de considérer le conflit dans un projet, est justement de le voir comme une impasse. C’est un petit peu comme l’échec… Si vous vous arrêtez sur un échec, vous avez perdu. Si vous continuez, vous êtes toujours dans la course.

Ce qui m’amène à penser ça, c’est que dans le cadre de ce projet, le conflit a souvent été vecteur d’améliorations (ou au moins, de suggestions d’améliorations). S’il y a un conflit, c’est forcément qu’il y a un problème quelque part, un défaut, une erreur, une faille, etc.

L’idéal est justement de résoudre rapidement cette faille, au lieu de rester concentrer sur le conflit en lui-même. Tous les conflits qui sont nés au sein de l’équipe, ont été résolus d’une façon ou d’une autre. Même si certains ont mis davantage de temps à se résoudre, leur résolution est précisément ce qui a permis au projet de continuer à exister et à se développer.

D’ailleurs, après un conflit, toute l’équipe était bien souvent un cran plus productive que d’habitude. Ben ouai… tout à coup on étaient tous un peu calmés 🙂

Donc ne voyez pas le conflit comme un poison. Voyez-le plutôt comme un signe que quelque chose ne va pas. Et sachez utiliser sa résolution comme vecteur de progression pour le projet dans son ensemble.

3. Nourrissez votre créativité en observant celle des autres.

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Lorsque je suis arrivé sur ce projet, j’étais loin d’imaginer tout ce qu’il allait pouvoir m’apporter en dehors du domaine de la production audiovisuelle.

Lorsque je choisi de participer à des projets comme celui-ci, je me sens toujours comme un technicien qui débarque au milieu d’une équipe, et qui espère pouvoir apprendre des compétences et de l’expérience de chacun.

Pourtant, l’aventure « Imaginez Si… » s’est révélée être une véritable source d’inspiration sur le plan créatif. Je pense que cela s’explique avant tout par le fait que la production se soit étendue sur une période plus ou moins longue. Ce qui nous a permis à tous d’apprendre à mieux nous connaître les uns les autres. D’ailleurs, à ce propos, la concrétisation d’un projet audiovisuel favorise toujours la cohésion et le sentiment qu’une petite famille se créer, au moins le temps de la production.

Tout au long des quelques mois en immersion, j’ai donc eu plusieurs fois l’occasion d’apprendre à analyser la sensibilité créative des porteurs du projet. Et j’ai finalement trouvé cette démarche analytique hyper enrichissante sur le plan personnel. En essayant de comprendre la sensibilité des autres, j’ai finalement réussi à mieux comprendre ma propre sensibilité. Autrement dit, ce qui me plait, ce qui ne me plait pas, et ce qui me laisse plus ou moins indifférent.

Et quoi de plus révélateur qu’un projet qui se concentre sur l’humour ! Le rire est quelque chose d’extrêmement personnel. On ne rigole pas tous des mêmes choses et chacun adopte un style d’humour qui lui est propre.

Lorsque j’étais au cœur de la production, on m’a souvent demandé mon avis sur ce que je pensais. Très vite, j’ai eu l’envie de ne plus répondre à ce type de question, particulièrement lorsqu’il s’agissait d’apporter une opinion sur un élément à vocation humoristique. Et cette décision était justement motivée par la conviction que ma sensibilité sur ce point était tout simplement très différente de celle des membres du collectif.

La problématique du rire est une problématique très délicate. Pour moi, il était donc hors de question que j’interfère d’une quelconque manière dans leur processus de réflexion et de jugement. Il est évident que ces gars-là ont trouvé leur propre énergie créative, qu’ils ont déjà commencé à développer bien avant que le projet voit le jour, sur la scène, à travers leurs matchs d’improvisation théâtrale.

Néanmoins, j’ai trouvé cela extrêmement enrichissant de pouvoir me placer en tant qu’observateur de cette énergie créative. Notamment à travers les idées pour lesquelles je n’avais pas du tout confiance et qui se sont pourtant révélées très pertinentes. Je ne saurais pas dire exactement quelles ont été ces idées, mais je me souviens avoir pensé que certaines choses seraient très difficiles à rendre efficaces auprès du public. C’était sans compter sur l’inspiration des porteurs du projet et sur la différence fondamentale qui existe entre leur façon de traiter chaque idée, et la mienne.

J’ai donc fini par admettre que toutes les idées pouvaient être bonnes ou mauvaises, et que leur pertinence dépendait avant tout du point de vue et de la sensibilité de chacun.

Prenez une idée, donnez-là à un groupe de 50 personnes. Peut-être que 30 d’entre elles n’y verront qu’une proposition sans grand intérêt. Peut-être que les 20 autres personnes auront quant à elles une certaine réceptivité, qui leur permettra de concrétiser quelque chose de réellement intéressant.

En attendant, la seule vérité « absolue » à ce niveau-là, c’est évidemment le public qui la détient ! 🙂

4. Sachez apporter de la spontanéité à votre processus créatif.

La particularité du projet « Imaginez Si », est qu’il a été entièrement mené par des gens venant du milieu de l’improvisation théâtrale. Leur énergie à eux, c’est donc tout sauf l’organisation hyper carrée et hyper millimétrée.

Pourtant, le projet a bel et bien existé !

La vérité c’est que si la websérie n’avait pas été construite sur des phases plus « spontanées », davantage fondées sur l’impact de l’improvisation que sur la certitude d’une organisation sans faille, certains épisodes auraient grandement perdus en qualité artistique… Alors bien entendu, vous allez me dire que l’inverse peut aussi très bien se vérifier. Et il est vrai que des épisodes de la série ont sans doute perdu en qualité à cause d’un manque d’organisation.

Mais la véritable question n’est pas de savoir si la spontanéité doit oui ou non remplacer l’organisation et l’anticipation au sein d’une production audiovisuelle. La vraie problématique est de savoir à quel moment la spontanéité peut elle apporter une plus-value non négligeable.

Et c’est là une question d’autant plus délicate, qu’elle demande la plupart du temps de prendre un certain risque. Soit il s’agit d’un risque vis-à-vis de la qualité de l’oeuvre, soit un risque directement en rapport avec la viabilité de la production du projet en question.

En bref, vous jetez les dés au hasard, sans savoir si votre mise de départ vous reviendra.

Alors ? Selon vous, le pari d’une improvisation totale est il toujours judicieux ?

Personnellement, je dirais que dans la majorité des cas, la réponse est non !

À contrario, une improvisation partielle peut parfois vous offrir des choses que vous n’aviez même pas imaginées à l’origine.

Pour prendre un exemple concret, imaginons le cas d’un dialogue entre deux personnages.

Si vous décidez d’opter pour une improvisation totale, vous laissez les comédiens en roue libre. Votre dialogue se construit au gré des répliques et en définitive, vous ne maîtrisez rapidement plus rien vis-à-vis de ce qui est dit.

Si vous décidez d’opter pour une improvisation partielle, vous donnez aux comédiens une direction à emprunter. Vous pouvez par exemple leur laisser des points de repères ou une vision générale du message à faire passer à travers leur dialogue.

Dans ce cas, les comédiens sont donc parfaitement libres d’apporter de la spontanéité à tout moment. Mais de votre côté, vous avez la garantie que le propos soit bel et bien respecté un minimum.

Le projet « Imaginez Si… » est en cela un cas particulièrement intéressant. Il s’agissait avant tout de produire des épisodes de très courtes durées et quasiment toujours structurés de la même manière : une situation de base perturbée par un élément (dialogue, entrée d’un personnage, etc.). Ce dernier étant lui-même à l’origine d’une conséquence à vocation humoristique.

À partir du moment où toute l’équipe a pu capter et assimiler ce schéma de production, il a été beaucoup plus simple de laisser place à la spontanéité. Chacun connaissait désormais la fameuse direction que devait prendre chaque épisode. Et c’est précisément dans ce genre de situation que la spontanéité peut réellement apporter une valeur non négligeable, sans saboter la qualité du projet en lui-même.

Dans le cas de la websérie « Imaginez Si… », certains épisodes ont été pleinement improvisés à partir d’un pitch de base. Parfois pour le meilleur, parfois pour le pire…

À vous de trouver le juste équilibre qui pourra apporter cette valeur inattendue à votre projet.

5. Apprenez à concevoir un film autrement.

Au-delà de la différence de sensibilité créative, l’aventure « Imaginez Si… » m’aura également permis de me confronter à la réalité de nouveaux milieux artistiques tels que celui de l’improvisation théâtrale.

Forcément, après quelques mois de collaboration avec une troupe d’impro, je me devais d’aller voir au moins une de leurs représentations ( j’ai d’ailleurs fini par en voir plusieurs avec plaisir 🙂 ).

Au début, ça m’a d’abord fait l’effet d’un spectacle de magie. Difficile d’identifier la manière dont une improvisation se met en place. Comment un comédien qui n’a que très (trop) peu d’informations sur ce qui doit se passer, peut-il soudainement donner vie à une scène ? Comment ce comédien peut il faire valoir un style de répartie propre à son personnage ?

Autant dire que ça a été un sacré choc pour moi qui était très habitué au besoin de préparation inhérent à la production audiovisuelle. J’avais déjà vu des représentations théâtrales, mais jamais en improvisation.

C’est en collaborant avec Raphaël Katz que j’ai compris quelques clés essentielles, permettant de construire une oeuvre de manière aussi immédiate.

Tout d’abord, contrairement à ce que l’on pourrait croire, la contrainte agit souvent comme un véritable moteur de créativité. Toutes les représentations d’impro que j’ai eu l’occasion de voir se construisaient toutes autour de thèmes spécifiques. Et la contrainte va même parfois bien plus loin. Il est possible que l’utilisation de mots spécifiques soit interdite par exemple. Ou même que le nombre maximum (ou minimum) de comédiens sur la scène, soit fixé à une certaine limite. Ou encore – et ça c’est une règle carrément dingue ! – que chaque nouvelle réplique prononcée sur scène, doive obligatoirement commencer par la lettre de l’alphabet qui suit directement la lettre utilisée par la réplique précédente.

Par exemple :

  • Comédien 1 : « Ah qu’il fait beau ! »
  • Comédien 2 : « Ben sur ce point, t’as bien raison ! »
  • Comédien 1 : « C‘est une journée dont il faut profiter ! »
  • Comédien 2 : « D‘accord ! Alors profitons-en ! »
  • Comédien 1 : Etc…

Bref, dans le milieu de l’impro théâtrale, des règles comme celles-ci il y en a des centaines !
Et au final, c’est carrément une bonne chose pour les comédiens.

Imaginez un instant qu’on vous jette sur scène, devant un public d’une centaine de personnes… sans vous donner la moindre contrainte ou le moindre thème précis à traiter.
Je vous le donne en mille, ça risque d’être très difficile pour vous de stimuler votre inspiration et de trouver matière à faire rire les gens.

En clair, la contrainte permet de focaliser toute votre énergie créative sur un point précis et d’éviter justement de laisser vos pensées partir dans tous les sens. Et de toute façon, il n’y a qu’en se focalisant sur une chose spécifique que l’on peut parvenir à accomplir quelque chose de qualité !

6. Utilisez les personnages comme catalyseurs.

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Cette confrontation au monde de l’improvisation théâtrale, m’a également ouvert les yeux sur un aspect que je n’avais pas encore bien perçu.

Un aspect pourtant élémentaire, aussi bien au théâtre que dans n’importe quel projet de fiction : l’importance de la caractérisation des personnages.

Personnellement, j’ai pris conscience assez tôt de l’importance de la présence de personnages au sein d’une histoire. Difficile de raconter une histoire sans aucun personnage… En tant que spectateur, nous cherchons en effet naturellement à nous identifier à un être vivant. On peut presque dire qu’une histoire sans personnage, n’est finalement pas une histoire. Au mieux, il s’agit d’une succession d’événements inintéressants d’un point de vue dramaturgique.

Néanmoins, je n’avais jamais eu la présence d’esprit de faire ce constat dans l’autre sens. Autrement dit, je n’avais jamais remarqué que la dramaturgie pouvait tout-à-fait naître à partir d’un seul personnage. Pourvu que celui-ci soit simplement caractérisé en bonne et due forme.

C’est donc également sur ce critère que l’improvisation peut puiser sa force. J’ai plusieurs fois entendu Raphaël expliqué qu’il fallait avant tout trouver un personnage avant de chercher le reste. Sous entendu que « le reste » découlerait plus ou moins naturellement du personnage… Eh bien c’est largement vérifiable !

Créez des personnages uniques, en leur donnant à chacun une identité qui leur est propre, et vous obtiendrez forcément des choses intéressantes en les faisant interagir entre eux !

D’ailleurs, Raphaël, Vincent et Simon, les trois porteurs du projet « Imaginez Si… », n’hésitaient jamais à s’incarner dans des personnages variés, même caricaturaux. Même en dehors des tournages, ils n’hésitaient pas à prendre un accent étranger, ou encore à s’imprégner de leurs caractères respectifs.

En bref, si vous n’avez aucune inspiration, essayez de vous concentrer avant tout sur la construction des personnages de votre histoire. Ces derniers pourront sans doute faire office de ‘déclencheurs’, et vous permettront de bâtir au moins une première base dramaturgique solide.

7. La vraie motivation se révèle sur le long terme.

Ce septième point est peut-être l’un des plus cruciaux de cette liste !

Et cette considération est d’autant plus applicable dans le cadre d’un projet participatif. Plus vous aurez de certitudes quant à la véritable motivation des membres de l’équipe de votre projet, plus vous éviterez les problèmes !

Le projet « Imaginez Si… » a eut cette chance de se construire sur un ensemble de personnes globalement très impliquées. Car oui, pour réaliser un clip de cette envergure, il faut obligatoirement une bonne quantité de gens très impliqués.

Je me permets d’être franc : ce n’est pas toujours le cas !

Construire une équipe soudée et déterminée dans une perspective collaborative, est une démarche qui demande à la fois de la chance, mais également (et surtout) de la patience. Apprenez toujours à connaître au mieux les gens que vous comptez impliquer dans vos projets. Et quand je dis « connaître au mieux », je parle avant tout de leurs motivations profondes.

Chaque personne a forcément une motivation qui lui est propre. Si demain vous décidez de lancer un projet audiovisuel, vous aurez certainement des gens qui seront là avant tout pour se faire plaisir, pour passer du bon temps. Tandis que d’autres seront poussés par leur foi en vous ou en votre projet. Bien entendu, il n’y a aucun jugement de valeurs à établir à ce niveau-là. Mais les niveaux de motivation seront naturellement très différents. Et il est très important pour vous que vous soyez clairs là-dessus le plus tôt possible.

Attention tout de même, le plus tôt possible ne signifie pas le plus rapidement possible. 🙂

Il ne s’agit pas uniquement de demander aux participants de votre projet pourquoi ils sont là. Certains vous répondrons peut-être très honnêtement qu’ils sont de passage, justement pour passer du bon temps. Dans ce cas, tant mieux ! Vous serez fixés d’emblée, et vous ne risquerez pas grand chose à leur donner un rôle plus ou moins mineur au sein du projet.

Mais l’inverse peut également se produire. Et là en revanche… vous pourriez faire face à de graves conséquences quant au devenir de votre projet. En effet, quelqu’un peut très bien vous affirmer avec certitude être motivé à 200% dès le début de la production… Avant de finalement laisser tomber au bout de quelque temps ( et souvent au plus mauvais moment, histoire de bien vous faire chier ! 😀 ). Cela peut être du à un désintérêt soudain (ou progressif) vis-à-vis du projet en lui-même. Ou encore parce que la personne en question ne s’attendait pas à devoir fournir autant d’investissement en terme de temps et/ou d’énergie. Ou même tout simplement à cause d’un manque d’honnêteté à l’origine du projet.

Peu importe la raison, l’essentiel est de percevoir le plus tôt possible les éventuels désaccords qui pourraient faire surface.

Mais alors comment faire ?

Le projet « Imaginez Si… » m’a convaincu d’une chose, c’est qu’il n’y a pas de meilleure façon d’éprouver la motivation des membres d’une équipe, que de la mettre à l’épreuve sur le long terme.

Bien entendu, la notion de « long terme » est relative à la durée de votre production. Pour prendre l’exemple de la websérie « Imaginez Si… », nous avons tourné plus d’une trentaine d’épisodes sur une durée d’environ trois mois et demi. Pendant cette période, beaucoup de personnes sont venues ponctuellement, puis reparties. D’autres étaient là en début de production, avant de passer la main. Certaines personnes avaient des rôles mineurs au début, avant de progressivement prendre une place plus importante au sein du projet. Et inversement.

Quoiqu’il en soit, cette forme de « renouvellement régulier » nous a finalement permis de définir clairement le noyau dur de l’équipe. Autrement dit, les membres pour lesquels le développement du projet était une priorité.

Si vous avez l’occasion d’adopter une démarche similaire à celle-ci, n’hésitez-pas… faites-le !

Plus vous éprouverez la motivation de votre équipe sur une longue période, plus vous pourrez vérifier de façon précise la motivation profonde des personnes impliquées dans votre projet. Et je dis bien éprouver, car évidemment il ne s’agit pas d’évaluer la motivation face à un engagement minime. Lorsqu’on décide de mettre sur pieds un projet audiovisuel comme « Imaginez Si… », il est impératif d’accepter le fait qu’il s’agira à coup sûr d’une aventure complexe, qui dépend entièrement de la quantité d’investissement que chacun est prêt à fournir.

Bon bien entendu, il est toujours possible que personne ne reste. Qu’aucun noyau dur ne se mette finalement en place. :/

Cela ne signifie pas nécessairement que les gens n’ont pas une motivation assez importante vis-à-vis du projet. Le problème peut en effet venir de pleins d’autres facteurs, comme le manque d’organisation par exemple, le manque de respect, un manque de communication ou même une différence d’intérêts…

Mais gardez toujours cette phrase en tête :

Si vous voulez connaître quelqu’un, n’écoutez pas ce qu’il dit, mais regardez ce qu’il fait.

– Gandhi –

L’action sur le long-terme, reste en soi un facteur déterminant dans la constitution et le maintien d’une équipe durable.

8. N’idéalisez pas les tournages en studio.

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Lorsqu’on se lance dans la création cinématographique, que l’on fasse des projets avec des micros budgets ou des gros budgets, on se retrouve toujours confronté à tout un tas d’aléas. En cela, le métier de cinéaste et celui de réalisateur, sont des métiers qui exigent une certaine capacité à trouver rapidement des solutions efficaces aux différents problèmes rencontrés.

D’ailleurs, s’il y a bien un problème auquel tout cinéaste (professionnel ou débutant) a du faire face au moins une fois dans son parcours, c’est celui de la météo !

S’il ne vous est jamais arrivé d’avoir à gérer des intempéries lors d’un tournage… c’est que vous avez sacrément de la veine !… Ou bien que ça ne va pas tarder à vous arriver ! Touchez du singe maintenant tout de suite immédiatement ! 😀

Dans le même genre, il est aussi assez courant d’avoir moins de temps que prévu dans un lieu spécifique par exemple. Pour peu que le propriétaire du lieu dans lequel vous avez planifié le tournage de votre méga séquence de la mort qui tue… change d’avis au dernier moment. Et qu’il vous laisse finalement un créneau d’une petite poignées d’heures, au lieu de la journée qu’il vous avait promis à l’origine. (Oui, il y a du vécu derrière cet exemple ! Grrrr !!)

Mais le truc que je n’aime pas avec les aléas, c’est qu’ils nous poussent facilement vers une réflexion assez contre productive… On en vient souvent à se demander comment la situation aurait pu être gérée avec plus de moyens financiers. Et lorsqu’il s’agit d’aléas relatifs au lieu de tournage en particulier, on peut même parfois se surprendre à s’imaginer quelles auraient été les conditions de travail au sein d’un studio entièrement dédié à la production.

Très honnêtement, avant de participer à la production du projet « Imaginez Si… », je n’aurais vu que des avantages au fait de tourner un projet audiovisuel intégralement en studio. Aujourd’hui, je suis désormais convaincu que le tournage en studio a lui aussi ses mauvais côtés.

Et notamment celui de ne pas favoriser l’efficacité collective !

Lorsqu’on se retrouve pris par le temps sur un tournage, on a tendance à associer cette expérience à quelque chose de néfaste pour le projet qu’on tente de concrétiser. C’est une réaction tout-à-fait naturelle et qui se justifie bien entendu par le ressenti du moment. On est soudainement beaucoup plus stressé, et on se pose mille et une questions sur le devenir de l’oeuvre à réaliser. Bref, pour être franc, ça n’a rien de drôle de se retrouver d’un coup avec le couteau sous la gorge.

Pourtant, c’est souvent ce genre de situations qui nous pousse à donner le maximum de nous-mêmes. Tant sur le plan de l’efficacité dans l’action, que d’un point de vue purement créatif.

Comme je vous l’ai mentionné précédemment, le projet « Imaginez Si… » a été tourné dans un studio aménagé en plein centre de Lille. Même si chaque session de tournage nécessitait la mise en place de matériel et de divers accessoires de décor, on pouvait facilement se dire qu’on était « chez nous » en quelque sorte. Absolument aucun élément extérieur ne pouvait remettre en question notre accès au lieu de tournage. Nous avions donc généralement tous les weekends 24h/24h pour tourner les épisodes de la série.

Eh bien c’est justement cette forme de liberté qui me semble intéressante à prendre en considération. Lorsque vous tournez votre film dans un contexte que vous maîtrisez totalement, toute l’équipe prend conscience que le tournage se concrétise dans une « zone de confort ». Si le tournage en studio est effectivement une très bonne solution pour éviter certains aléas, ainsi qu’un stress désagréable, il implique également un risque vis-à-vis de l’efficacité générale.

À partir du moment où on prend conscience qu’on a une marge de manœuvre hyper large à notre disposition , aussi bien au niveau des différentes contraintes techniques, que sur les horaires… on relâche notre attention beaucoup plus facilement ! :/

Vous allez me dire : « L’essentiel, c’est que le projet ait finalement vu le jour ! »

Et vous auriez tout-à-fait raison. De toute manière, l’équipe est parvenue à son objectif premier : réaliser une websérie avec très peu de moyens. Mais je me demande simplement ce qu’on aurait réussi à produire si nous n’avions pas eu accès à autant de « confort ». Nous aurions plus de difficultés, certes, mais est-ce que nous n’aurions pas eut également davantage de bonnes surprises ?

Quoiqu’il en soit, pour ma part, tourner en studio est une démarche à double tranchant qui tend à nous faire accepter facilement l’idée qu’au final « on fait ce qu’on veut ! » parce qu’on est ‘chez nous’. Je vous invite donc à vous méfier et à ne surtout pas idéaliser l’apport d’un studio vis-à-vis de vos projets. C’est souvent dans des moments critiques, que de belles choses se réalisent sous la pression du danger imminent 😀

9. Le ‘buzz’ ne se prédit pas… Il se conçoit !

9.buzz

Avant de rentrer dans le vif du sujet, je dois vous avouer que j’ai un peu hésité à conserver ce point dans la liste.

En fait, je trouve ce conseil un peu délicat à transmettre sans adopter un ton un peu moralisateur. Malgré tout, j’aime beaucoup l’idée qu’il véhicule… celle de toujours garder les pieds sur terre et de rester pragmatique à l’égard de ses propres attentes 🙂

Au cours de mon parcours de vidéaste, j’ai souvent eu l’occasion de collaborer avec des artistes et auteurs de tous horizons. Il m’est arrivé de participer à des projets portés par des cinéastes indépendants, des comédiens, des chanteurs, etc. Ces artistes avaient tous des attentes plus ou moins ambitieuses concernant leurs projets audiovisuels. L’objectif le plus fréquemment évoqué, était bien entendu la diffusion massive de leurs films sur le web.

En d’autres termes : « faire un super buzz qui va tout cartonné ! »

Vous connaissez cette ambition n’est-ce pas ?…

Je vous rassure, il m’est arrivé plusieurs fois de gamberger sur cette supposition idéalisée 🙂

Bien entendu, la plupart du temps, la réalité est toute autre. On réalise son film, et puis on se retrouve avec quelques centaines, voir quelques milliers de vues tout au plus. Ce qui en soi est déjà une belle réussite, mais qui du coup, résonne pour nous comme une forme d’échec. Nous n’avons pas eut ce que nous avions espéré à la base du projet.

La vérité c’est que depuis que le web accueille la vidéo à bras ouverts, le ‘buzz’ est devenu le Saint-Graâl de chaque vidéaste amateur ou professionnel. Il est clair que faire un film qui récolte des millions de vues, ça fait rêver beaucoup de monde !

Pourtant, si on analyse très objectivement la proportion du nombre de vidéos qui ‘buzzent’, à celles qui sont mises en ligne chaque jour… On peut raisonnablement accepter l’idée que le ‘buzz’ reste un phénomène exceptionnel et isolé. D’ailleurs, juste pour info, sur Youtube ce n’est pas moins de 300 heures de vidéos qui sont mises en ligne chaque minute ! 😛

Il n’y a rien de mal à vouloir lancer un projet avec pour première ambition de déclencher un buzz. Et c’est même tout-à-fait possible ! À condition de réellement le vouloir, et d’accepter tout ce que cette démarche implique. Je ne vous parle pas des conséquences et de la manière de gérer le buzz une fois que celui-ci a été provoqué. Ça c’est encore un autre débat. Ici nous parlons bel et bien de la manière de préparer ce buzz.

La masse de vidéos aujourd’hui disponible sur internet, présente en fait de nombreux avantages pour les créatifs. Notamment celui d’avoir fait ressortir un certain nombre de ‘modèles’ de contenus vidéo propices au partage (et donc à la viralité naturelle). Parmi ces modèles on retrouve par exemple les podcasts face caméra (Norman, Cyprien, etc.), les formats courts humoristiques (Studio Bagel, Bref, etc.), ou même encore le grand classique des vidéos qui ont pour sujets principaux les animaux (pas uniquement dans l’humour d’ailleurs).

Ces ‘modèles’ ayant déjà prouvés leur efficacité sur le web, apportent donc une certaine forme de ‘garantie’. J’exagère sans doute en présentant les choses de cette manière, mais on pourrait finalement se dire que pour espérer vouloir faire un buzz à coup sûr, il suffit de suivre ces ‘modèles’ à la lettre, comme un cahier des charges. Bien entendu, il y a aussi énormément d’autres critères qui entrent en ligne de compte, comme la capacité de chacun à captiver une audience, à faire rire, à créer une connexion émotionnelle, etc. etc. Mais d’un point vue strictement pragmatique, il demeure beaucoup plus judicieux de ne pas chercher à réinventer la roue.

Et il est précisément là le dilemme…

Par nature, la création artistique est un domaine dans lequel l’expérimentation tient une place prépondérante. À partir du moment où l’on choisi de s’en tenir strictement à un certain modèle, on bascule inexorablement dans l’artisanat !

Si vous me suivez depuis quelque temps, vous devez savoir que sur ce blog je défends avant tout la création pure. À titre personnel, au moment de me lancer dans un projet, je préfère toujours me concentrer sur l’ambition d’une oeuvre réussie, plutôt que celle d’une oeuvre qui doit nécessairement obtenir un certain succès.

La différence entre les deux est finalement très salvatrice. Si vous choisissez de vous concentrer uniquement sur l’idée que votre oeuvre doit avant tout pouvoir faire écho à vos intentions propres, vous aurez toujours la possibilité d’associer votre démarche à quelque chose de concret. Si en revanche, vous choisissez de vous focaliser sur l’ambition de créer une oeuvre à grande portée en traçant votre propre chemin artistique, acceptez dès le départ l’idée que le succès de cette oeuvre est absolument imprévisible.

En bref, se concentrer sur la réussite d’une oeuvre purement artistique, c’est accepter que le succès ne sera pas forcément au rendez-vous. Après ce n’est que du bonus 🙂

Il est donc de votre responsabilité de choisir quelle démarche adopter. Mais ne tentez jamais de prédire le buzz d’un projet qui a pour vocation première d’apporter quelque chose de nouveau sur un plan artistique.

Note : Attention toutefois à ne pas confondre l’idée de provoquer un buzz, avec celle de construire et de fidéliser une audience autour d’un projet. En pratique il est tout-à-fait possible de bâtir une audience autour de votre projet, quel qu’il soit.

En règle générale, cette démarche s’amorce toujours à l’aide de votre entourage direct. Vos proches prennent connaissance de votre projet, suivent son (votre) actualité, et passent le relais autour d’eux. Et ainsi de suite, vous pouvez rassembler une communauté plus ou moins conséquente de spectateurs fidèles. Cette forme de bouche à oreille peut d’ailleurs participer à la création d’un buzz, si par exemple, une de vos vidéo devient virale. Mais encore une fois, vous ne pouvez pas prévoir ce genre de conséquence à l’avance si vous tentez de proposer quelque chose de nouveau.

Si je vous raconte tout ça, c’est évidemment parce que ça a un rapport direct avec le projet « Imaginez Si… ». Objectivement, on peut facilement constater que le projet n’a justement pas provoqué de véritable buzz (en tout cas, pas à l’heure où je vous écris ces lignes). Ce qu’on peut en déduire ? Je me dis que finalement les vidéos produites n’étaient sans doute pas assez virales pour susciter le désir d’être partagées spontanément. Elles ont sans doute atteint les amis des amis des proches, mais ne sont encore jamais allez plus loin.

Très honnêtement, je me dis que ce constat présente peut-être la conséquence directe d’un manque de clarté quant au « pourquoi ? » du projet. Avec le recul, je me demande en fait s’il n’aurait pas fallu davantage focaliser notre attention sur l’aspect artisanal et non sur l’expérimentation. Bien entendu, cette supposition n’est que purement théorique, et il reste très difficile de définir la raison exacte qui a empêcher le buzz jusqu’à présent.

10. Ne retenez pas le résultat, mais le chemin parcouru.

10.chemin

Pour conclure avec ce dixième et dernier point, je tenais à terminer sur une note positive. 🙂

Comme je l’ai suggéré dans le point précédent, les ambitions d’un projet audiovisuel comme celui-ci, se focalisent généralement sur des objectifs de résultats. On espère bâtir et fidéliser une audience, faire un certain nombre de vues sur internet, faire un certain nombre d’entrées en salles au cinéma, etc.

Pourtant, chaque production est aussi et surtout une nouvelle aventure. Un peu comme le voyage du héros de Joseph Campbell, on y croise des archétypes, on franchit des obstacles et on en revient avec une récompense. Et humainement, on se trompe malheureusement assez souvent sur la véritable nature de cette récompense. 🙂

Au lancement du projet « Imaginez Si… », on avait tous plus ou moins des étoiles dans les yeux en s’imaginant déjà un projet énorme, qui dans le meilleur des cas, nous permettrait même de pouvoir subvenir à nos besoins sur un plan financier.

Aujourd’hui, un an après la fin de la production (de la première saison), nous n’avons déclenché aucun véritable buzz, le projet ne rapporte pas assez d’argent pour se développer de manière efficace et le studio est certainement laissé à l’abandon.

Même si ce constat résonne comme un échec radical, je vous assure que pour ma part, il n’en est rien ! 🙂

Imaginez si ce projet n’avait jamais vu le jour… Beaucoup de personnes ne se seraient peut-être jamais rencontrées, des relations ne se seraient jamais créées, et surtout… je n’aurais jamais pu faire un bilan de mon apprentissage comme celui que je vous propose aujourd’hui !

Et il est précisément là le point important à retenir d’un projet comme celui-ci. Au final, ce qui m’apporte le plus aujourd’hui, ce n’est certainement pas le nombre de vues qui peuvent être comptabilisées sur Youtube, ou encore le nombre de fans sur la page Facebook de la websérie. Ce qui a été réellement enrichissant sur le long terme, c’est tout ce que j’ai pu apprendre de cette aventure. Cela m’amène à prendre assez facilement conscience que la notion de réussite ou d’échec, reste globalement très relative à notre perception de ce qui a été accompli, et non pas de ce qui a été vécu. Et c’est bien dommage ! Car si on s’éloigne d’un point de vue trop absolu vis-à-vis des attentes premières d’un projet en lui-même, on peut toujours mettre en avant un apport certain sur le plan personnel. C’est quasi mathématique, on ne peut pas ne rien apprendre d’une expérience de vie !

D’ailleurs, même la notion d’échec est à remettre en cause ! On perçoit souvent l’échec comme une fin en soi. Pourtant ce n’est jamais qu’une étape. C’est quelque chose que j’ai moi-même mis un certain temps à accepter. Je conçois donc parfaitement que ça puisse ne pas être forcément très évident pour vous non plus, mais échouer fait partie intégrante du processus créatif. Comme je le mentionnais précédemment, l’essentiel est de ne pas s’arrêter sur un échec. En fait, c’est lorsque vous décidez de vous arrêter sur un échec, que vous acceptez que celui-ci peut être une fin. Et même si ça peut paraître évident, ce n’est pas toujours le raisonnement qui nous vient à l’esprit lorsqu’on se confronte au fait d’échouer.

Voila une nouvelle citation qui devrait vous motiver à échouer plus souvent 🙂 :

Je n’ai pas échoué. J’ai simplement trouvé 10.000 solutions qui ne fonctionnent pas.
– Thomas Edison –

Imaginez si demain nous décidions de réunir à nouveau l’équipe et de rependre la production. Je suis quasi certain que nous ne ferions pas les mêmes erreurs qu’auparavant. Nous avons appris à identifier la plupart d’entre elles et à faire ce qu’il faut pour en éviter un maximum. Et c’est en cela que les ‘échecs’ nous permettent de réellement progresser.

Par ailleurs, à l’heure où je vous écris ces lignes, j’ai évidemment gardé contact avec la plupart des membres de l’équipe du projet « Imaginez Si… ». De nouvelles choses sont en préparation et nous avons un avantage immense, celui d’avoir déjà collaboré ensemble. Cette considération peut paraître minime, mais le travail en équipe n’est pas nécessairement une chose qui se met en place naturellement avec n’importe qui. Il faut avant tout une période d’adaptation, pendant laquelle chacun tente de comprendre et de se mettre en phase avec une certaine façon d’entreprendre les choses. Bien entendu, l’échec ou la réussite d’un projet dépend en grande partie de la capacité que peut avoir l’équipe à collaborer efficacement. Une équipe dans laquelle il n’y a aucune réelle synergie, est une équipe qui n’est pas encore véritablement formée. Et pour trouver cette fameuse synergie… rien de tel qu’une bonne dose d’échecs à se mettre sous la dent 😀

Voilà pour l’expérience « Imaginez Si… » !

Si vous avez tout lu, je vous remercie de votre attention. Sachez que c’est la première fois que j’écris un article aussi dense sur le blog, et c’est en fait aussi la première fois que je propose une rétrospective d’une expérience personnelle.

Pour tout vous dire, j’envisage de vous proposer plus souvent du contenu de ce type.

Qu’en dites-vous ?

D’autres rétrospectives, ça vous tente ?

N’hésitez-pas à me faire part de votre avis et/ou de vos suggestions dans les commentaires juste en dessous. 😉

Merci à vous 🙂

Pour aller plus loin...

Écrire et présenter un scénario est une tâche assez délicate n'est-ce pas ?
Si vous êtes d'accord avec ça, la suite devrait certainement vous intéresser...

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