L’anatomie du scénario selon Pixar. Règle n°4 : Structure et dramaturgie.

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Vous avez une idée de scénario en tête, et vous aimeriez la concrétiser ?

La structure narrative vous intéresse, mais vous avez du mal à savoir comment enrichir votre histoire et maîtriser les notions dramaturgiques ?

Vous avez peut-être déjà lu des tonnes d’informations sur le sujet…

En réalité, vous cherchez simplement une synthèse de ce qui se fait de mieux en matière de storytelling.

Lorsque j’ai commencé à écrire les scénarios de mes premiers courts-métrages, c’était… hmm comment dire… intéressant 🙂

Je ne réalisais pas à quel point la structure et la dramaturgie pouvait m’influencer dans mes choix narratifs.

Et un jour je suis tombé par hasard sur les « 22 règles de storytelling selon Pixar »

Je me suis tout de suite dit : « Ok ! Ces gens-là seraient les premiers que j’écouterais, si je me lançais le défi insensé d’écrire le meilleur scénario du monde » (ouais rien que ça ! 😀 )

Mais à ce moment-là, je n’avais pas réalisé que ce que j’avais sous les yeux n’était qu’un bref aperçu de ces règles…

Un résumé extrêmement succinct, relayé sur de nombreux blogs et magazines que ne sont jamais vraiment intéressés de plus près à ces règles.

Notamment sur la bonne manière de les interpréter…

Avant de les publier à mon tour sur ce blog, j’ai d’abord essayé de remonter à la source.

C’est là que j’ai découvert que Stephan Vladimir Bugaj, ancien « Technical director » de chez Pixar (Les indestructibles, Cars et Wall-E), a écrit un livre entier pour revenir sur ces fameuses 22 règles.

Il tente notamment de clarifier les choses et d’y apporter une interprétation un peu plus juste.

Devant la richesse de cette nouvelle approche, je n’ai pas pu m’empêcher de contacter ce Stephan.

Je lui ai demandé si je pouvais en faire une traduction française officielle, et la publier sur mon blog.

Devinez ce qu’il a répondu… 🙂

Dans cette série de 22 articles, je vous propose de redécouvrir chacune des règles du storytelling selon Pixar, en adoptant un tout nouveau point de vue.

Note importante : La traduction qui suit est directement issue des propos de Stephan Vladimir Bugaj.
Le « Je » est donc celui de l’auteur à l’origine de l’œuvre.

Règle n°4 :

Il était une fois ____.
Tous les jours, ____.
Un jour ____.
C’est pourquoi, ____. C’est pourquoi ____.
Jusqu’à ce que finalement ____.

Ce modèle de structure narrative, est appelé le « Story Spine ». Il vient en fait du milieu du théâtre d’improvisation, et a été créé par Kenn Adams (et non par Pixar).

En réalité, Pixar propose effectivement des cours d’improvisation à ses employés. La société a d’ailleurs sa propre troupe de théâtre d’improvisation, qui se produit chaque semaine. C’est la raison pour laquelle, beaucoup d’employés de chez Pixar ont effectivement été exposés au modèle du « Story Spine ». Notamment à travers des exercices créatifs relatifs à leur entraînement à l’improvisation.

Il s’agit d’un exercice très drôle et très efficace dans le milieu.
C’est aussi une excellente solution pour développer et structurer des idées de manière spontanée et en même temps très approfondie. Ce modèle permet en fait de simplifier une structure relativement commune à toutes les histoires, que beaucoup de systèmes et de méthodes théoriques tentent d’analyser.

Cette structure, construit toujours une histoire en définissant l’évolution d’un postulat de départ, vers une nouvelle situation. Autrement dit, nous passons d’un « vieux monde », à un « nouveau monde ». Ceci à travers le conflit et l’action.

Nous pouvons par exemple retrouver ce type de structure (beaucoup plus développée), dans les écrits de Syd Field, Robert McKee, Blake Snyder, Christopher Vogler, John Truby, Lew Hunter.

Chacun des modèles qu’ils proposent dans leurs ouvrages, sont structurés et expliqués différemment. Certains sont formellement très rigoureux, tandis que d’autres présentent une démarche beaucoup plus souple.

Mais tous s’accordent sur une même notion fondamentale…

Une histoire part d’un postulat de départ, marque une évolution à travers le conflit, avant de finalement se résoudre.

La compréhension des notions de bases de la structure d’une histoire, est cruciale pour tous les storytellers. Mais cela n’implique pas pour autant qu’il faille absolument suivre cette règle à la lettre.

Tout dépend en réalité, de la manière de considérer et d’appliquer ces principes.

Se contenter de remplir les blancs ne suffira pas.

Vous devez étudier et comprendre ce que ce modèle signifie réellement, afin de pouvoir en imprégner la construction de votre récit et la dynamique de vos personnages.

Ce qui fait la force du « Story Spine » – sa simplicité – est aussi ce qui fait sa faiblesse :

Il est trop simple pour pouvoir être utilisé tel quel, de façon universelle.

Ce modèle a besoin d’être beaucoup plus approfondi, pour pouvoir réellement guider un récit dramatique.

En ce sens, nous pourrions le reformuler en admettant qu’une histoire se compose toujours d’un ensemble de points fondamentaux, qui sont les suivants :

  1. Un contexte qui défini un ensemble de personnages et leur univers.
  2. Une période d’exposition dans un monde dénué de conflit, qui établit les règles de bases de la vie de ces personnages.
  3. Un élément déclencheur qui vient perturber cet équilibre et qui permet d’introduire les questions relatives au propos de l’histoire, sous la forme d’une décision que le (ou les) protagoniste doit prendre.
  4. Une série de péripéties, chacune dépendante des décisions que le protagoniste prend. Ces péripéties amènent peu à peu le récit vers le climax final.
  5. Le climax final, suivi de la résolution de l’histoire.

Plus simplement :

  1. Introduire le protagoniste et son univers.
  2. Présenter au protagoniste un élément critique qui le met à l’épreuve et qui remet en cause l’équilibre de son univers.
  3. Tracer le chemin qui mènera le protagoniste à la confrontation finale. Mettre sur sa route des obstacles de plus en plus difficiles à franchir, et se demander comment le protagoniste pourra gérer chacun de ces obstacles jusqu’au climax.

Notez que dans cette seconde liste, j’ai volontairement mis en avant le personnage et le conflit auquel il se trouve confronté (ainsi que la gradation de ce conflit).

En effet, un des défauts majeurs du « Story Spine », réside justement dans le fait qu’il mette avant tout en avant une suite d’événements, sans mentionner explicitement la présence d’un personnage.
Le conflit non plus, et encore moins la notion de gradation de la difficulté des obstacles qui entravent la quête du protagoniste.

Les exercices fondés sur le « Story Spine », peuvent ainsi menés à des récits comme celui-ci :

  • Il était une fois un boulanger qui faisait des tartes.
  • Tous les jours, des gens venaient dans sa boulangerie pour acheter ses tartes.
  • Un jour, personne n’est venu acheter ses tartes.
  • C’est pourquoi, il décida de baisser les prix de ses tartes.
  • C’est pourquoi, les gens sont revenus en nombre pour acheter ses tartes.
  • C’est pourquoi, il ne pouvait plus assurer la charge de travail nécessaire.
  • C’est pourquoi, il a du recruter de nouveaux employés pour l’aider.
  • C’est pourquoi, la production de tartes a augmentée.
  • Jusqu’à ce que finalement, le boulanger soit à la tête de la plus grande compagnie de tartes du pays.

Cette histoire est mécanique et plate.

Elle ne comporte pas de tension, ni de gradation d’un conflit.

En clair, il n’y a pas de réelle dramaturgie.

Nous n’avons aucune information véritable sur le personnage du boulanger. Par ailleurs, celui-ci n’est pas changé, ni bouleversé par une quelconque épreuve. Il s’agit finalement d’une histoire assez peu intéressante.

Les bonnes histoires se construisent sur une dynamique. Les personnages font face à des défis, et sont profondément changés par ces derniers. Que ce soit en mieux ou en pire.

Il y a un conflit qui s’intensifie et se relâche, les personnages traversent des hauts et des bas, des victoires et des défaites.
Des changements soudains (mais motivés) modifient graduellement leurs parcours et la nature des obstacles qui se mettent en travers de leur chemin.
Chaque événement peut trouver sa résolution à des intervalles variables. Ces derniers ne s’inscrivent pas nécessairement dans une séquence linéaire.

Le modèle du « Story Spine » ne fournit pas les clés pour considérer tout cela.

Rappelons que Kenn Adams a créé le modèle du « Story Spine » pour le théâtre d’improvisation.
Ce qui est une discipline en soi, avec ses propres objectifs et ses propres règles.
L’improvisation est très utile pour les auteurs, les réalisateurs et dans d’autres formes de médias. Elle constitue en effet une excellente manière d’avoir une approche expérimentale sur la recherche et le développement de nouvelles histoires.

Ce modèle permet d’ouvrir votre esprit à davantage de possibilités, plutôt que de sous-tendre ces dernières. Ou encore de passer au-delà de l’obsession du détail.

Une approche par le biais de techniques d’improvisation comme celle-ci, peut donc être préjudiciable, lorsqu’il s’agit de comprendre et de structurer de manière approfondie, des histoires écrites.

Ceci s’explique simplement par le fait que les objectifs de l’improvisation sont très différents de ceux d’une narration construite sur la dramaturgie.

Le théâtre d’improvisation préfère justement les histoires qui tendent à être plus linéaires, et qui ne cherchent pas à imposer une direction précise jusqu’à un climax final.
Ainsi, ces histoires sont davantage guidées par l’accord ou la résolution d’un conflit, plutôt que par le désaccord et la confrontation directe à des situations conflictuelles.

Dans ce sens, personnellement, je ne recommande pas d’utiliser le modèle « Story Spine » pour une autre utilisation que le développement et la recherche de nouveaux concepts.

Autrement dit, il s’agit d’une bonne solution pour structurer un pitch par exemple.
Mais certainement pas assez approfondie pour vous guider à travers l’écriture d’un scénario dans son intégralité.

En définitive, lorsqu’il s’agit de structurer un récit pour le cinéma, la télévision, le roman ou même la bande dessinée, préférez plutôt vous baser sur mes reformulations du « Story Spine », ou sur l’un des modèles proposés par les auteurs que je vous ai mentionné.

Cela vous simplifiera grandement votre processus d’écriture.

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